Le "tapis des tribus", ou "tapis berbère"

 

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l’instar de tout acte culturel, artistique et folklorique, le tapis est un objet d’art basé sur une connaissance de civilisation ancestrale des peuples qui ont, tout le long de l’histoire, exprimé leur savoir à travers des moyens décoratifs, de sculptures, de poèmes, de dessins divers, de couleurs, etc...

Le tapis est donc un objet artistique réalisé dans des familles de grande tradition pastorale et qui vivent en générale de l’élevage et de l’agriculture (donc des familles rurales). La fabrication des tapis traditionnels, sous toutes leurs formes, nécessite la présence de certaines conditions, des moyens et du matériel de bases dont, notamment :

- la laine pure et saine, comme matière première qui sera transformée en fils à différentes dimensions et propriétés variées, des colorants naturels…

- un matériel adéquat (métier à tisser) de différentes formes, selon l’utilisation souhaitée

- un personnel compétent maîtrisant les techniques traditionnelles de tissage et de motifs décoratifs

Le tissage des tapis constitue une activité essentielle dans certains milieux, car il joue un rôle économique primordial pour la subsistance des familles. Il s’inscrit ensuite dans un mode de commercialisation traditionnel, basé sur le troc. Dans un ménage l’homme et la femme travaillent en coopération. La femme s’occupe du tissage et du modelage des tapis et le mari s’occupe de la commercialisation dans les marchés hebdomadaires, et fait, en contre partie, l’achat des produits alimentaires et autres produits dont ils ont besoin pour vivre.

De point de vue artistique, le meilleur tapis est encore fait dans certaines régions berbères à base de produits naturels locaux (colorants). Les motifs décoratifs utilisés sont l’expression de la culture de la tribu dont est originaire le produit. Ces motifs relatent l’esprit de cohabitation qui a toujours existé dans ces tribus depuis une histoire lointaine avec les peuples de différentes convictions et de différentes civilisations (musulmans, juifs, berbères, chrétiens). Les tribus berbères constituent l’exemple le plus frappant de cet esprit de tolérance et de cohabitation.

La maîtrise de l’art de tisser les tapis se transmet de mère en fille, ce qui constitue une tradition d’apprentissage dans les milieux ruraux. Le langage visuel traditionnel commun de la collectivité ainsi que les techniques permettant de nouer avec doigté les fils d’un tissage est aussi appris sur le tas, en confrontation avec la réalité.

Les motifs décoratifs figurant sur les différents tissages sont très significatifs, et diffèrent d’une tribu à une autre, ce qui fait de cet art une vraie mosaïque. Le tapis est une tradition plutôt berbérophone car c’est dans le Sud marocain, dans le Haut et le Moyen Atlas, qu’il a connu son épanouissement (sous le nom : Tazarbit). Le Centre Ait Ouaouzguit, dans la province de Ouarzazate, est l’un des principaux berceaux de cette production artisanale. Ce centre de renommée mondiale, est situé dans le Haut Atlas, là où la confection des tapis prédomine. En tant que haut lieu de l’artisanat en général et du tapis en particulier, Ait Ouaouzguit est à son tour composé de plusieurs points de production et notamment :

- Tamassin - Ait Semgane - Ai Waya - Ait Ougharda - Tidili - Taznakt - Ait Ouchen -Ait Ameur, Znaga et Sektana comme points limitrophes.

La région dite "des mille Kasbahs" compte deux coopératives principales :

- La coopérative de Ouarzazate

- La Coopérative de Taznakht.

Le tapis de tradition berbères sont la catégorie la plus importante et la plus représentative à l’échelon mondial des tapis marocains. C’est une production typiquement Atlasique avec une décoration et des motifs exceptionnels, propres à chaque tribu précisément. On peut la subdiviser de la manière suivante :

- le tapis du moyen Atlas (région de Méknés, - Rabat), tribu Zemmour- Zaer- Zain- Bani Mtir- Ait Sgougou- Beni M’guil.

- Le tapis Moyen Atlas (région de Fès – Taza). : Tribus Beni Ouarain – Ait Ighezzrane- Beni Alaham- Ait Halli –Ait youssi – Ait Seghrouchéne- Marmoucha- Ait Youb – Ait Izdeg- Aît Yaâcoub.

Les tapis du Haouz de Marrakech font partie des tapis ruraux. Les tribus noueuses de tapis qui entourent Marrakech sont presque toutes d'origine arabe; on cite ici les tapis de Rehamna, les tapis de H'mar et les tapis des Oulades Bousebaâ. Dans ces trois tribus, le nœud utilisé est le nœud symétrique. Les fils de chaînes sont en poil de chèvre ou en un mélange de poil de chèvre et de laine noire, les rangées de nœuds sont séparées par quatre à douze fils de trame, la trame est souvent en laine rouge, le tissage de ces tapis est lâche, on relève le même nombre de nœuds en longueur et en largeur. Une des caractéristiques des tapis du Haouz est leur lisière tissée en dents de scie pénétrant le velours noué, ces lisères sont tissées en poil de chèvre.

De façon générale, la composition artistique utilise des motifs simples qui prennent toutes les formes possibles : losange, carré, triangle, ligne en zigzag etc.

Le tapis kilim berbère, est associé à l'art de tissage, à la broderie, mais aussi à l'art nomade berbère, à l'art des montagne de l'atlas. Les motifs de broderie émanent de signification et tatouages propre à chaque tribu et à chaque famille.

Les kilims peuvent être en laine ou en soie ; les motifs, transmis d’une génération à l’autre, varient selon les régions, comme les couleurs. Un bon tapis marocain peut compter jusqu’à 480 000 nœuds au mètre carré et peut demander jusqu’à neuf mois de travail, par exemple un tapis Taznakht, modèle berbère à point noué et aux couleurs naturelles telles que le safran, le henné, la menthe et autres.

Réputés parmi les plus anciens tapis confectionnés au Maroc, les tapis de Taznakht ainsi que ceux de Zayane, avec les hanbal de la même région, font aujourd’hui la fierté de l’artisanat marocain. Originaire du Haut Atlas, le tapis de Taznakht est fait de noeuds sur deux lignes; leur fond est jaune, leurs dessins sont géométriques, denses de couleurs rouge, vert foncé et blanc cassé. Le hanbal est une pièce tissée, plus légère et moins épaisse que le tapis. Son utilisation diffère d'une région à l'autre: Il est utilisé comme couverture, comme sofa ou comme décoration pendant les fêtes nationales ou privées. Il remplace parfois le tapis. Les centres de sa production sont: Zayane, Zemmour, et Ouazguita.

Les matières premières utilisées dans ce genre de tapis sont la laine pure ou le coton de bonne qualité. Les fils se distinguent par leur filature perfectionnée et leur propreté. Le Hanbal est à dominante rouge avec du jaune du vert, du noir, et du marron. Ces couleurs sont obtenues à base de plantes existant dans la région qui le produit. Berbère d’origine, le hanbal porte forcément des motifs empruntant tantôt à la nature ses formes et traits, tantôt à l’alphabet amazigh quant à ses contours. Tapis Glaoui modèle tissé à point noué, travaillé à la main, représente un style unique dans son genre, il associe en lui même tous les arts de tissage de tapis, il est à la fois tissé, noué et brodé, des fils tendent sur les côtés, les berbères le plient en deux, nouent ces fils ensembles et obtiennent un sac pour leurs voyages. Les couleurs comme la laine sont d'origines naturels